L’Union des Comores a franchi une étape importante dans la lutte contre la lèpre avec le lancement officiel de la prophylaxie post-exposition (PPE) à base de rifampicine, une intervention recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour protéger les personnes ayant été en contact avec un malade et réduire la transmission de la maladie au sein des communautés.
Le lancement a eu lieu à l’issue d’un atelier de planification et de renforcement des capacités organisé par le Programme national de lutte contre la tuberculose et la lèpre (PNLT), avec l’appui technique et financier de l’OMS et de l’Action Damien. Pendant deux jours, près de quarante professionnels de santé, agents communautaires et responsables sanitaires ont été mobilisés afin de préparer le déploiement de cette nouvelle stratégie sur le terrain.
La cérémonie d’ouverture a réuni les autorités sanitaires nationales et régionales ainsi que plusieurs partenaires engagés dans la lutte contre la lèpre. Pour le Secrétaire général du ministère de la Santé et de la Protection sociale, cette avancée témoigne de l’engagement du pays à adopter les meilleures pratiques de prévention.
« Cette stratégie débute cette année dans quarante pays parmi les cent vingt pays où la lèpre demeure endémique. C’est un honneur pour notre pays, car le protocole a été étudié et validé par nos experts nationaux avant d’être adopté par l’OMS comme méthode de prophylaxie contre la lèpre », a déclaré Soudjay Mohamed, Secrétaire général du ministère de la Santé et de la Protection sociale.
Les Comores ont enregistré des avancées significatives ces dernières années grâce à une stratégie associant dépistage actif, prise en charge précoce, suivi des contacts et sensibilisation communautaire. En 2025, le pays a notifié 217 nouveaux cas de lèpre, dont 65 enfants, avec une prévalence nationale estimée à 2,07 cas pour 10 000 habitants. Les résultats thérapeutiques demeurent encourageants, avec des taux d’achèvement du traitement de 89 % pour les formes paucibacillaires et de 85 % pour les formes multibacillaires, sans aucun cas de rechute signalé.
Malgré ces progrès, la maladie continue de circuler. La présence de nombreux cas chez les enfants confirme que la transmission reste active dans certaines communautés. Cette situation est particulièrement marquée à Anjouan, qui concentre à elle seule 199 des 217 cas recensés en 2025, soit près de 92 % du total national, dont 61 enfants de moins de 14 ans.
Cette réalité explique pourquoi les nouvelles activités de dépistage, de surveillance des contacts et d’administration de la PPE seront prioritairement déployées sur l’île.
Au cours de l’année écoulée, plus de 26 000 personnes ont été examinées dans plusieurs localités grâce aux campagnes de recherche active soutenues par les partenaires. Les initiatives PEOPLE et BE-PEOPLE ont démontré l’efficacité d’une approche de proximité reposant sur les visites à domicile, le dépistage précoce, le suivi des contacts familiaux et la mise sous traitement rapide des personnes diagnostiquées.
Pour le Dr Azhar Salim Mohamed, Coordonnateur pays de l’Action Damien, ces résultats montrent que l’implication des communautés constitue un facteur déterminant pour interrompre la transmission de la maladie.
« Les efforts menés à travers les projets PEOPLE et BE-PEOPLE, ainsi que les campagnes de recherche active des cas, ont démontré l’efficacité d’une approche fondée sur la proximité avec les communautés. Cette stratégie combine visites porte-à-porte, dépistage précoce, suivi des contacts familiaux et mise sous traitement rapide des personnes diagnostiquées », a-t-il souligné.
L’introduction de la PPE s’inscrit dans une dynamique soutenue par plusieurs partenaires internationaux, notamment l’OMS, l’Action Damien, l’Institut de médecine tropicale d’Anvers et la Fondation Sasakawa.
Au-delà de son appui technique au ministère de la Santé, au PNLT et aux services régionaux, l’OMS a également mobilisé des médicaments non spécifiques destinés au traitement des autres dermatoses des patients qui se présenteront aux consultations réalisées au sein des communautés et à la prophylaxie des contacts éligibles à Anjouan et à Mohéli. Cette contribution doit permettre d’assurer une couverture optimale des populations les plus exposées et de soutenir les activités communautaires prévues dans les prochaines semaines.
S’exprimant au nom de l’OMS, le Dr Nassuri Ahamada, chargé des maladies tropicales négligées (MTN) a mis en avant l’importance du partenariat qui soutient les efforts du pays : « Les progrès enregistrés par les Comores sont le résultat d’un partenariat solide entre le ministère de la Santé, les équipes de terrain, les communautés et les partenaires internationaux. Nous exprimons notre profonde gratitude à la Fondation Sasakawa pour son engagement constant en faveur de l’élimination de la lèpre. Cet appui contribue directement à protéger les personnes les plus exposées et à accélérer les efforts engagés par le pays pour interrompre durablement la transmission de la maladie. »
Dès cette semaine, les équipes de terrain intensifieront les campagnes de dépistage, les investigations autour des cas détectés et l’administration de la PPE aux contacts éligibles. Les partenaires se sont fixés pour objectif d’atteindre au moins 80 % des ménages ciblés dans plus de 20 villages de l’île, tout en renforçant la qualité de la surveillance et de la collecte des données.

Avec l’introduction de cette nouvelle stratégie de prévention, les Comores disposent désormais d’un outil supplémentaire pour interrompre la transmission de la lèpre et accélérer leur progression vers l’objectif d’élimination de la maladie à l’horizon 2030.